Extraits

Publié le par Marie-France Mellone


LA MAISON AU LIERRE


La maison me sourit, protégée par le lierre

Qui cache une fossette au creux de chaque pierre,

Un rire se réveille, éclate à la fenêtre,

Il ruisselle sur moi, le bonheur me pénètre.


Elle est vieille pourtant mais cela m’indiffère,

Et c’est peut-être ainsi que mon cœur la préfère,

Car à ses volets clos j’abandonne mon âme,

Sans douter un instant d’obtenir un sésame


Pour connaître les joies, les peines, les espoirs

De ceux qui vivaient là, leurs matins et leurs soirs,

Coulés dans l’allégresse ou la morne habitude,

Habillés de tendresse ou bien de solitude.


La maison m’a tout dit mais j’ai dû lui promettre

De ne rien révéler, je ne puis me démettre.

Ces secrets confessés sous le couvert du lierre,

Je les ai enfouis sous la plus humble pierre.




LE CŒUR CERISE


Si elle avait le cœur cerise,

A en rêver elle se grise,

Juste cueillie serait croquée ;


Si elle avait le cœur raisin,

Elle vivrait dans le bon vin,

Oui, en bouteille cachetée ;


Si elle  avait le cœur citron,

Elle serait reine à Menton,

Puis elle finirait pressée ;


Mais si elle a le cœur humain,

Et c’est peut-être pour demain,

Alors elle sera aimée.




LES DEUX AMANTS


Quelque jour vous verrez un couple d’amoureux,

Elle sera bien vieille et lui sera bien vieux,

Mais leurs yeux souriront au milieu de leurs rides

En se disant « C’est bon de t’avoir eu pour guide.
Oh nous avons connu des moments difficiles,

Notre bonheur parfois nous a semblé fragile,

On ne vit pas longtemps sans faire de faux pas,

Oui mais j’ai toujours pu m’appuyer à ton bras. »

Lorsqu’ avec émotion ils revivront le temps

Où jeunes loups fougueux, ils aiguisaient leurs dents,

Il lui dira « Pardon, j’ai fait couler tes larmes »,

Et elle sourira de ses vaines alarmes.
Au profond du regard un tantinet coquin,

L’espièglerie au cœur, il lui prendra la main

En murmurant « Te rappelles-tu nos baisers,

Si dévorants que nos bouches en sont usées ?

C’est loin, c’est bien loin mais c’était bon, c’était fou,

Ce délire impatient qui s’emparait de nous,

Et maintenant que ce feu est éteint, je tremble.
Dis, si c’était la fin ? Mais nous sommes ensemble,

Je n’ai rien à craindre, je suis fort de ta force,

Tu es la sève du vieux chêne et moi l’écorce. »

Regardez-les marcher, les doigts entrelacés,

Aucune tempête ne les a séparés.
Non ne souriez pas, car l’amour n’a pas d’âge,

S’ils sont moins passionnés, ils n’en sont que plus sages.
Un jour,  j’aurai pour eux un regard bienveillant,

Qui sont ces deux amants ?Mais ce sont mes parents !




QUELQUES FLOCONS


Quelques flocons volètent

à l'épaule du soir

Et se posent, rêveurs,

Aux lèvres de la nuit,

Qui sourit et s’enfuit,

Grisée par ce bonheur

A la saveur d’espoir,

Et de douce bluette.

Quelques flocons paressent

A la joue de la lune

Pour s’en aller dormir

Au front bleuté du jour,

Le cœur plein de l’amour

Qu’ils ont su y cueillir,

De l’offrande opportune

Qu’est sa blonde tendresse.

Quelques  flocons se couchent

Sur le seuil de mon âme,

Esclaves consentants

De mes moindres  désirs,

Mes intimes soupirs.
Puis-je taire longtemps,

Même si l’on m’en blâme,

Ce frisson à ma bouche ?


CARNAVAL


Oh dans de Carnaval

sais-tu combien j’ai mal

sous mon masque de rire

et de folle insouciance

Je suis un Arlequin

aux larmes déguisées

maquillant mon chagrin

de propos insensés

la valse que je danse

est celle du délire

et dans mes pirouettes

c’est l’espoir qui culbute

Je ris comme à la fête

oui je ris de mes chutes

mais dans ce Carnaval

sais-tu combien j’ai mal




LES PONTS DE LA NUIT

 


Je marche sous les arches des ponts de la nuit,

Jetés sur tous les rêves du monde endormi,

Où glissent les espoirs d’infinies galaxies,

Qui vivent à nouveau quand sonne la minuit.


J’accompagne ce fleuve aux berges accueillantes,

Je lui confie la barque où sourit mon sommeil

Amoureux d’une étoile, oublieux du soleil.
Je saisis sur le flot la lune vacillante,


Et je peins son visage aux couleurs de l’amour.
Un nuage étourdi paresse au firmament

Que viennent éclairer mille rayons d’argent,


Emissaires discrets, annonciateurs du jour.
Emerveillée, j’accoste à l’aube et son delta,
Sous les ponts de la nuit, je remettrai mes pas.

 

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nicole 25/05/2009 18:43

C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai lu tes poèmes, .... plein de poésie, normal pour des poèmes, me diras-tu ! Ils sont très beaux !
Photos et poesie devraient être réunis !!!!
photoniquement

Edmée 25/05/2009 16:00

Ah qu'ils sont beaux, les vieux amants! Que de malice dans le vieil âge qui se souvient, dans la sécurité de l'anonymat des rides, de la flamme qui a fait souffrir et a cent fois régénéré la soif de vie!

Bravo Marie-France, et tchin-tchin à ta goutte de sang chinois!

Anne-Sophie Malice 25/05/2009 09:01

J'ai passé le bout du nez et je reviendrai.

Belle présentation, sobre et claire du blog aussi, on oublie souvent d'en parler.


Bonne continuation!