Critique

Publié le

AU GRÉ DU CŒUR, de Marie-France Mellone, aux éditions Chloé des Lys

 Je me suis décidé à me procurer son recueil de poèmes. Eh bien, je vous le dis d’emblée, Au gré du cœur m’a réellement charmé.
Petit recueil : vingt pages à peine à lire, vingt poèmes seulement, mais qui tous trouvent le chemin du cœur.

Les thèmes lyriques
Ils sont classiques et pour vous, j’ai voulu grappiller dans chacun d’eux.

- Emerveillée par la constance de leur tendresse, Marie-France commence par rendre un hommage émouvant à ses vieux parents :

« Tu es la sève du vieux chêne et moi l’écorce. »

- Tout de suite après, le rêve d’amour, de liberté, de pureté, de ressourcement :

« Ton chant agite en moi des racines profondes,
Par-delà les frontières, très, très loin d’ici,
Grâce à lui j’ai rêvé. Merci gitan, merci
De m’avoir un instant fait oublier le monde. »


- Rêve sans illusion de la mémoire d’un cœur blessé :

« Mon rêve a de grands mâts chargés de mille voiles,
S’élançant dans le ciel pour cueillir les étoiles,
Des haubans de satin pour caresser la lune,
Et Neptune royal, en vigie sur la hune.

Mon rêve a le désir de ces terres lointaines, »


- Les plus sombres ténèbres peuvent finir par se dissiper :

« La brume est dans mon cœur comme elle est sur les monts,
En foulards ondoyant au gré des vents des cimes,
Sanglots effilochés au milieu de l’abîme,
Creuset du désespoir et de ses noirs démons.

… … et le soleil vainqueur
Resplendit dans le ciel et renaît dans mon cœur. »


- Et toujours ce besoin de lumière :

« J’ai ciselé l’aurore
Avec l’or des étoiles,
Afin que puisse éclore
Un jour que rien ne voile. »


- L’horreur de la guerre :

« Sur fond de soleil rouge
S’embrassent deux enfants,
Autour d’eux rien ne bouge,
S’ils baignaient dans le sang ? »


- L’attente de l’être aimé, quel tourment !

« Va, ma plume, cours et bavarde,
Porte-lui mes mots et s’il tarde,
Dis-lui que ma vie se consume, »


- La vraie beauté est intérieure :

« Mais si elle a le cœur humain, …
Alors elle sera aimée. »


- Eloge de la solitude ( où l’on peut douter de la sincérité de l’auteur ) :

« Le chant des solitudes
M’est un chant familier,

Le chant des solitudes
Qu’on croirait de tristesse,
De grise lassitude
Ou d’ultime sagesse,
Le chant des solitudes
Est un chant d’allégresse. »


- Balade nocturne :

« Amoureux d’une étoile, oublieux du soleil.
Je saisis sur le flot la lune vacillante,
Et je peins son visage aux couleurs de l’amour. »


- Cartes postales anciennes qui font mal à relire :

« Te doutais-tu alors que si j’ai pardonné,
Je crierais ton prénom quand ma raison s’égare ? »


- car la vieille blessure ne se referme pas :

« Le vent des anciens jours est le seul confident
De ces secrets d’amour que je porte au-dedans ; »


- Heureusement, l’écriture permet de crever l’abcès :

« Oh non, je ne veux plus me taire, »

- Sous le masque :

« sais-tu combien j’ai mal
sous mon masque de rire »


- Sourire aux autres :

« Derrière les rideaux, cette femme m’attire,
Je voudrais habiller d’espoir ses lendemains,
Qu’en jaillisse la source au milieu de ses mains,
Et qu’à sa bouche éclose une fleur en sourire. »


- Cavatine charnelle :

« Qu’il est bon le toucher
De ta main fol archet »


- Hantise de la page blanche :

« Qui es-tu, belle muse,

Dis-moi, pourquoi t’offrir
Et ne te donner point ? »


- Besoin de s’épancher, de se livrer :

« Quelques flocons se couchent
Sur le seuil de mon âme,
Esclaves consentants
De mes moindres désirs,
Mes intimes soupirs.
Puis-je taire longtemps,
Même si l’on m’en blâme,
Ce frisson à ma bouche ? »


- Respect des vieux murs :

« Ces secrets confessés sous le couvert du lierre,
Je les ai enfouis sous la plus humble pierre. »


- Enfin, l’invitation au voyage imaginaire, à deux :

« Veillés
Par des oiseaux au regard de rubis
Quand nous serons au bout de ce monde
Nous glisserons dans un autre
Sur une larme d’or
Tombée
D’une étoile endormie »


L’écriture poétique.
Marie-France Mellone nous touche par des mots simples, mais ne choisit pas pour autant la voie de la facilité : elle écrit en vers classiques. Elle nous offre même deux sonnets, dans ce recueil ( Cœur en brumeLes ponts de la nuit ).
Alexandrins, octosyllabes, hexamètres rigoureux, fluides ou cadencés, musicaux.
Rimes suivies, croisées, embrassées dans une composition parfois savamment élaborée.
Notre poétesse n’est pas esclave de la rime toutefois : une terminaison féminine peut faire écho à une terminaison masculine ; dans Carnaval, les rimes se bousculent un peu ; mais la rime n’est absente que d’un seul poème, le dernier.
La ponctuation, que Marie-France sait parfaitement placer, est supprimée dans trois textes : à bon escient, à mon sens, pour des musiques sans pauses, débridées : la danse ( Carnaval ), la frénésie ( Amour ), l’imaginaire ( Là-bas ).
C’est d’ailleurs dans cet ultime poème que tout éclate, comme dans le bouquet final d’un feu d’artifice. Marie-France, en même temps que des contraintes classiques ( mètre, rime, ponctuation…) se serait-elle affranchie des « affres du style » ? Non, bien sûr ; elle ouvre là davantage encore l’éventail de son talent. Et les muses classiques, si rétives, exigeantes sont tellement belles, et si désireuses de se laisser séduire par de vrais poètes !

Christian Van Moer

Commenter cet article